"Le virus nous semblait encore un peu loin… jusqu’au soir du 12 mars où le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé la fermeture des écoles à compter du lundi suivant. Il nous a rappelé aussi que les plus fragiles étaient les personnes âgées et les personnes souffrant de pathologies.

Nos 2 garçons, au lycée, ont laissé éclater leur joie ce soir là à l’internat, et comme tous les parents, nous avons reçu de leur part des snaps nous informant de cette annonce très rapidement… insouciance de l’adolescence…

Pour notre fille cela s’annonçait un peu compliqué pour la garde, elle a 7 ans… je me questionne : mes parents, ils sont jeunes mes parents ! Bien souvent on ne les voit pas vieillir, surtout quand ils sont des retraités dynamiques. Mais si…. Mes parents sont âgés et trop âgés pour que je leur confie la garde de ma fille, mais vont t’il bien le prendre ? Au début, ma maman me dit qu’il n’y a pas de risques, mais suite à de nombreuses conversations et débats en fin de semaine au bureau, à la pause café, ou hors pause d’ailleurs J, je réalise que ce ne serait pas du tout raisonnable de leur confier. Je les informe donc le soir qu’elle restera avec ses frères à la maison. Ils sont assez grands pour la garder, même si je sais qu’ils risquent de lui proposer TV, ordinateur ou tablette quand ils voudront être tranquilles… mais bon, on n’a pas le choix.

"Nous nous quittons, ne sachant pas trop pour combien de temps"

Le lundi je me rends au travail et le début du confinement est, bien entendu, au cœur des conversations. L’impact sur notre travail aussi bien entendu, comme de nombreuses entreprises. Et en fin d’après-midi, on nous demande de rester chez nous dès le lendemain en télétravail. J’emporte donc mon ordinateur, mes documents indispensables, mes gri-gris de bureau, mon calendrier CLAAS qui me fait penser à mon mari au travail, et même quelques banettes roses où je range mes documents, pour me mettre bien dans l’ambiance travail à la maison. Et c’est avec un gros pincement au cœur que mes collègues et moi nous nous quittons, ne sachant pas trop pour combien de temps, ni comment la suite va se passer. On se met d’accord pour se faire des Skype toutes ensemble régulièrement pour la pause café.

A la maison, j’avoue, je suis heureuse d’annoncer la nouvelle aux enfants et je leur explique qu’il va falloir me laisser « tranquille » car je vais devoir travailler. Mais je serai là, avec eux, ça c’est le bonheur. Moi aussi je suis insouciante parfois. Enfin pas trop quand même, je m’inquiète pour l’entreprise de mon mari. Il est gérant d’une entreprise de travaux agricoles et travaux publics avec environ 25 salariés. L’hiver a été long pour eux et l’arrivée du beau temps devait leur permettre enfin d’aller travailler dans les champs. Bon, selon tous les textes, les articles, etc, ils vont pouvoir travailler, en respectant « les gestes barrières » pour garantir la sécurité de tous bien entendu. Car le virus est là, il arrive aussi chez nous.

"L'école à la maison, une découverte totale"

Deux jours plus tard mon employeur me demande d’être à mi-temps, je travaillerai donc tous les matins, toujours à la maison. Ça me va, cela me laisse donc le temps de faire l’école à ma fille, tous les débuts d’après-midi. J’avoue… c’est une découverte totale. Depuis qu’elle est entrée en CP notre école a adopté la politique de 0 devoirs à la maison. Ce qui ne nous empêche pas de pouvoir suivre ce que notre enfant apprend car il ramène des cahiers régulièrement. Mais il faut être honnête, je ne regarde pas souvent. Comme tout le monde j’ai toujours un millier de choses à faire, et je vis à 100 à l’heure entre le travail, les enfants, la maison, les activités sportives, etc. et on ne prend pas le temps pour tout… Donc je disais que je faisais une découverte… je vois clairement où en est ma fille dans ses apprentissages. Sa maîtresse nous envoi toutes les fins de semaine le travail pour la semaine suivante. Je lui tire mon chapeau, tout est très clair et organisé. Et elle est toujours disponible si nous avons une question. Et c’est un moment plutôt agréable, elle est en CE1 et comprend plutôt vite, ouf.

Et ainsi démarrent nos 5 semaines (au moment où j’écris cela ça fait 5) de confinement à la maison, mes 3 enfants et moi toute la semaine et mon mari aussi le soir et le week-end bien sûr. Ce confinement nous oblige à prendre le temps… on ne doit pas être prêts pour aller à un endroit ou à un autre, pas de pression de ce côté-là… j’avoue que cela, je l’apprécie fortement. Habituellement je me donne toujours trop d’objectifs et je stresse de ne pouvoir tout réaliser correctement. Là… j’ai le temps. Ce confinement est aussi synonyme de passer du temps tous les 5, pas de copains ou de sortie à faire pour nos ados ! on se les garde égoïstement, et ça n’est pas désagréable, d’autant que mon fils ainé va quitter le nid en septembre pour aller faire ses études à Angers. Quant à eux, ils ne le prennent pas trop mal pour le moment c’est rassurant, même si la petite copine de mon second fils lui manque beaucoup… je crois qu’il est vraiment amoureux.

Le beau temps s’est invité à cette période si particulière. Nous habitons une maison avec un jardin et une grand terrasse, c’est très agréable. Derrière la maison, il y a 3 grands champs et un chemins pédestre. Nous allons y faire nos quelques minutes de promenade autorisées tous les jours (1 heure maximum, sur un périmètre d’un km autour de la maison). Là aussi on prend le temps, et en ce début de printemps, j’ai pris le temps d’observer, d’écouter, de sentir… la nature est tellement belle, elle l’est encore, malgré tous les dégâts qui ont été faits. Je pense à tous ces reportages où on nous montre les bienfaits de cette pandémie, de ce confinement sur la Planète. Si on peut en tirer du positif ce sera très bien. Parfois je me dis qu’il n’y a pas de hasard, que c’est un rappel à l’ordre de la nature qui nous dit de moins consommer et plus intelligemment…

"Je suis dégoûtée de toucher à tout"

Bon voilà, jusqu’alors j’ai évoqué les côtés positifs de ce confinement, puisque c’est le sujet. La peur du virus, elle, existe bien. Je sors une fois par semaine faire les courses, et instinctivement je fuis les gens, je suis dégoûtée de toucher à tout… je porte un masque et je me promène avec mon gel désinfectant.

Au début de cette période aussi, le chanteur Calogero a composé une chanson très émouvante « On fait comme si ». Lorsque je l’ai entendue et vue sur Facebook ce matin là, il la jouait juste au piano, j’ai pleuré. Et elle me fait toujours cet effet là quand je l’entend. Elle me rappelle que mes parents me manquent, qu’on doit leur manquer aussi. Ma famille me manque, ma sœur, mes neveux, mes beaux-parents… on se donne beaucoup de nouvelles heureusement, et je croise les doigts pour qu’aucun d’entre eux ne soit victime de ce fichu virus…

La peur des conséquences économiques aussi est bien réelle.

Notre Président se veut rassurant lors de ses allocutions, mais on ne peut s’empêcher de se dire : mais où vont t’ils trouver tout cet argent pour renflouer les entreprises, augmenter les moyens dans le secteur de la santé, etc. on ne peut qu’être d’accord avec lui, mais où va-t-il trouver l’argent ? Quelles conséquences cela aura-t-il sur nos emplois et sur notre foyer ? Je suis d’un naturel positif et j’aime à penser qu’on s’en sortira, je crois en notre bonne étoile. Mon mari n’est pas du tout comme ça, il est pragmatique et un peu fataliste… notre debrief après le dernier discours du Président a tourné au vinaigre, c’est décidé, on ne le regardera plus en direct, on se contentera des innombrables commentaires et analyses des journalistes après J J

Pour résumer, le confinement pour moi, mère de famille de 44 ans, 3 enfants, travaillant dans l’agro-alimentaire dans un poste administratif, rime avec calme, tranquillité, proximité et plus d’échanges avec les enfants, avec à l’esprit la crainte de l’avenir, la crainte de ce virus et de ses conséquences sur le long terme. Il faut malgré tout aller de l’avant, et être prêt pour avancer dans nos projets, quand ce sera possible…"

Sabrina L.
16/04/2020